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    A la mémoire de deux dames, lahoum Errahma,
    que j'ai connues à Laghouat et Miliana.

     

    D'un ami : Qui n'a pas connu à Laghouat nos chers m'barka el mahboula, banssay et sa fameuse poupée "malika", hamad aïni, ou encore Hamid Lehchaichi, simples d'esprit, evoluant dans un monde à eux, dont seul Dieu avait la clé, mais tout laghouati les aimait, protégeait, c'étaient nos fous a nous, reflet de la vie dont personne ne peut se prétendre à l'abri. Je me souviens, ma mère "attrapait" m'barka régulièrement pour lui couper les cheveux, lui donner un bain et des vètements plus décents (les siens finissaient toujours en lambeaux). A la fin de chaque séance, m'barka repartait en délivrant un chapelet d'injures à ma mère pour avoir osé toucher a ses cheveux: "pouilleuse, jalouse !" criait-elle

    انا لله وانا اليه راجعون

    GENS DE LAGHOUAT, M’barqa n’est plus !
    Le tout Laghouat était au cimetiere de Sidi Yanès !
    Condensé d'un article de notre ami N.COTTE

    M’barqa n’est plus !
    Le tout Laghouat était au cimetiere de Sidi Yanès !
    Condensé d'un article de N.COTTE

    M’barqa n’est plus !
    En ce vendredi 26 mars, M’barqa a rejoint ses ancêtres.
    Vous ne la reverrez plus.
    Mais qui se souvient de M’barqa bent Rokaya El Hadhga quand elle était pleine de vie ?
    Qui se souvient que d’entre les  femmes de Laghouat, elle était citée en premier parmi les dames tisseuses de burnous, de cachabia, de tapis ?
    On dit qu’elle perdit l’esprit lorsque le mari qu’on lui disait perdu dans la jungle indochinoise, lui apparut vivant et bien portant…Elle était derrière son métier à tisser.
    Il n’ y eut plus, pour qui tisser, dès  lors.
    Du coup, l’esprit s’est envolé, la dame faiseuse de tapis, devint M’barqa la folle.
    Je t’ai vu, ô El Hadj Tahar, persuadant la vieille dame de se déplacer du soleil torride du plein été à l’ombre des maisons de l’Oaïl. Je t’ai vu nourrir de tes mains une banane ou une orange ou un yaourt qu’un passant a laissé pour la dame. Je t’ai vu entourer de soins la vieille Khalti M’barqa, ces jours de froid, l’hiver, puisse–tu servir d’exemple à tous ces enfants qui jouent sur la placette.
    Errahma laha...

     

    Décès de Melle Malika Baba Khelil,, laha Erahma  

     

    benyoucef  | 18/12/2013 :
     Décès de Melle Malika Baba Khelil, ex: enseignante de français, enterrée en début de semaine à Sidi Sbaâ.  Malade, elle a subi mille et un calvaires avant de rallier les Cieux dans l'indifférence.
    Malika Baba Khellil Allah Yarhamha était ma voisine.Elle habitait avec sa famille dans une somptueuse demeure de style mauresque.Elle faisait partie en quelque sorte de ce joli décor architectural,vu sa beauté,sa finesse et sa bonté..Chaque matin, dans sa silhouette élancée,elle sortait de chez elle dans une allure sobre et mesurée .En me croisant,elle me saluait d'une voix douce et d'un regard respectueux.Elle menait une vie aisément normale, la tête pleine de projets comme toutes les filles de son époque. Étant une ancienne Abdounaite puis enseignante de français,elle a formé de nombreuses générations.
     Malheureusement le cruel destin lui a tourné le dos, quand elle a sombré tout d'un coup dans la maladie. Depuis, abandonnée par ses siens, elle a enduré de longues et dures années de souffrance et de solitude. La société impitoyable l'avait indignement rejetée .
     Malika Baba Khellil, la belle fille au charme angélique, est morte dans l'oubli, la misère et l'indifférence. Allah Yarhamha
     Affectueusement


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    Abdelkader Hadj-Hamou, né en 1891 à Miliana, fils du juge honoraire de la ville.Professeur d'arabe, titulaire de la chaire de la Grande Mosquée pendant près de 20 ans, mouderrès a Saint Eugène. Diplômé d'interprétariat judiciaire (tribunaux de 1ère classe). Mort en 1953

    Le petit train de Miliana

    Résultat de recherche d'images pour "le petit train de miliana"

     

    Les deux compagnons montèrent dans la jardinière du tramway à vapeur, attendant le départ qui tardait à cause des bagages. Ce petit train ne comprenait guère plus de trois wagons de voyageurs, un de marchandises et une locomotive sans tender ; lui aussi avait sa petite gare, une petite salle garnie d'une grande table, de deux chaises et d'un appareil téléphonique ; c'était là qu'on échangeait son bulletin de bagages ; comme chef de gare, le receveur du tramway suffisait ; celui-ci portait une chéchia et n'était payé qu'un peu plus de cent francs par mois.

    - En voiture, cria-t-il enfin.

    Après quoi il fit résonner son sifflet et le mécanicien, un Arabe, par économie, le visage noir de charbon alluma une cigarette, fit démarrer le tramway et lança un flot de fumée sur les voyageurs. Le tramway sifflait, grinçait sur les rails, tournait, sous la pluie fine fournie par la vapeur qui s'échappait de la puissante mais petite locomotive. Le train s'arrêta, c'étaient les Righa : deux Arabes descendirent puis une femme de colon.

    Dépêchez-vous ordonna le receveur, en même temps chef de train et de la station. Le train repartit à une allure de vingt kilomètres à l'heure... Quelques minutes après, le tramway s'arrête de nouveau ; c'était l'Oued Azif, un croisement : on devait trouver là un train de minerai avec ses grands wagons à forme de profondes cuvettes .Là c'était des vignobles et là commençaient les immenses et beaux jardins de Miliana.

    Le voilà, là-bas, le train de minerai s'écrièrent avec joie deux demoiselles,
    élèves de l'Ecole Normale de Miliana.

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    Aucune algérienne dans les premières promos.Ici Promo 1909/1911 avec les coiffures d'alors

     

    L’École Normale du département d’Alger avait été construite à Miliana, choisi pour son site et son climat. Vers la fin du XIX° siècle, à sa construction, les bâtiments correspondaient alors au mieux aux critères d’hygiène, de confort, de bonne marche, des études et d’agrément
     Par exemple, aux deux grands dortoirs insuffisamment chauffés l’hiver, mal commodes, nous aurions préféré des chambres individuelles où chacune aurait pu ranger ses affaires et travailler à son rythme, alors qu’on se gênait dans les études communes. Les installations sanitaires dataient. Au 2ème étage, les lavabos. En face, de petites logettes où il fallait porter sa cuvette pour compléter sa toilette. Penderies et armoires d’un autre côté, et une petite pièce pour les casiers à chaussures.
         Il fallait descendre au sous-sol pour le bain –ou la douche- hebdomadaire. C’est là que de solides laveuses espagnoles lavaient nos draps dans de grands bassins et où nous pouvions aussi laver notre lingerie.
         L’économe, Melle D., plus âgée que la directrice et forte de ses prérogatives (il fallait tourner le matelas tous les jours, donc ne pas « baptiser » son lit. Le matin les élèves, par équipes, balayaient les escaliers, les galeries. C’était « les charges ». L’économe choisissait souvent le moment des repas, où les trois promotions étaient rassemblées, pour brandir des lingeries qui traînaient. « A qui appartient ceci ? et ceci ? ». Trotte-menu, on la trouvait partout. Je n’arrivais pas à croiser son regard, qu’elle avait bigle, mais qui était infaillible pour repérer ce qui pouvait être critiqué dans la mise, la coiffure ou la façon de répliquer…

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    Le train parut en effet, dans un tournant ; la locomotive, Jeanne, traînait six grands wagons en fer, en forme de longs entonnoirs, remplis de minerai ; chaque wagon était monté par un serre-frein dont les mains, le visage et les vêtements étaient tout rouges ; quelques-uns portaient une corne jaune, c'étaient tous des indigènes ; le métier est périlleux.

    Le tramway s'arrêta une troisième fois ; c'était le Petit Drapeau ; une buvette au milieu des Jardins et vignobles portait ce joli nom. Le paysage avait complètement changé. Ce n'était plus que vergers, maisons de campagne, villas, fleurs et ombrages sur les deux côtés de la route, remplaçant les bois, les broussailles, les forêts, les champs de blé ou les vignobles qu'on voyait jusque là.

    C'étaient les ravins se succédant, remplis d'arbres, d'arbustes, de fleurs forestières, de gazouillis ; ce n'étaient plus ensuite que des ravins cultivés, couverts d'arbres fruitiers, de jasmins, de fleurs diverses, de sources, de ruisseaux ; le chant des oiseaux, le murmure des eaux, l'air frais et parfumé étaient admirables. Il faisait pourtant une chaleur infernale là-bas, à la gare de Miliana-Marguerite.

    Le départ du petit train de Miliana
    Le train de voyageurs n'était pas encore parti quand Meliani sortit de la ville ; il avait déjà deux minutes de retard à cause des bagages et les employés n'étant pas toujours pressés, sachant qu'on arrivait toujours en avance.

    Un train ?...un tramway à vapeur, plutôt !

    Ses trois wagons, dont deux jardinières étaient remplis d'arabes, surtout d'européens et d'Israélites éparpillés ça et là ; tout ce monde remuait, descendait, remontait, redescendait, appelait un fils, un époux, un ami pour les dernières recommandations, les dernières confidences. Quelques retardataires arrivèrent en courant, tout essoufflés un panier ou une valise à la main, un sac ou une caisse sur l'épaule.

    En voiture, s'il vous plaît !

    Le receveur en fil blanc, coiffé d'un képi portant les lettres : T. M. (Tramway-Miliana) se décida à siffler, l'écho se fit entendre de la machine Château Romain qui démarra non chef de gare, un homme d'une trentaine d'années, à la barbe noire, vêtu d'un costume simple sans une forte secousse qui fit rire et jurer. Un pauvre Kabyle arriva haletant, suant à grosses gouttes, un gros ballot sur le dos ; il réussit néanmoins à rattraper le train et à y monter. Un gros Israélite qui parlait du nez et un indigène vêtu à l'européenne et sans instruction, ainsi qu'un européen à lorgnon mais sans esprit rirent avec éclats du pauvre Kabyle ; à ce moment deux amis : Paul et Kaddour, révoltés de cette basse moquerie envers un homme inoffensif, rentrèrent en ville. Le Jardin Magenta, si beau et si grand près duquel stoppait le train était encore désert.

    Sur la large, blanche et belle route qui mène aux Mines, la route d'Alger, Meliani salua tous ceux qu'il connaissait : les uns rentraient en ville pour y faire leurs emplettes ou travailler, d'autres en sortaient pour aller soit aux Mines soit dans les jardins qui entourent Miliana par centaines ; les ouvriers horticoles étaient employés à la journée à la cueillette des fruits.

    D'après le Roman : « ZOHRA, LA FEMME DU MINEUR » de Hadj Hamou Abdelkader - (1925).

     


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    La galanterie est l'art de mettre une femme en valeur

    On dit que nous sommes hospitaliers. Seulement ?

    La galanterie se présente comme un ensemble de manières développées par un homme  en vue de faciliter les déplacements, les mouvements ou l'habillement d'une femme. Elle consiste, par exemple, à laisser la priorité à la femme sur le seuil d'une porte, à lui céder sa place dans les transports en commun ou à l'aider à porter ses bagages.Plus généralement, il s'agit d'être prévenant et attentionné à l'égard des femmes et de leur témoigner du respect et de la considération. Certains gestes comme le baisemain expriment aussi cette déférence de l'homme envers la femme   

    François Hollande fut accueilli en grande pompe à Alger par le Président Abdelaziz Bouteflika, où il a reconnu "les souffrances infligées à l'Algérie". Le Président français était accompagné de sa compagne, Valérie Trierweiler, qui a notamment visité une école primaire française d’Alger, et l'annexe d'un centre culturel. Là, les enfants l'ont bombardée de questions. "Vos questions sont pires que celles des journalistes", a-t-elle plaisanté, avant de se prêter dans la bonne humeur au jeu des questions-réponses. "Première dame, ça fait très peur au début, mais on apprend. Comme à l'école a-t-elle confie"

     Et comme souvent, des interprétations malveillantes quand il s'agit de notre Président  

    Une galante anecdote :

     Vers le début des années 6O, MILIANA se déplaça à OUED-EL-ALLEUG pour y disputer un match de foot-ball dans le cadre de la 2ie division, Ligue du Centre, contre l'équipe locale. A l'époque, en ouverture du match de l'équipe première, se jouait une rencontre entre les équipes "réserves" où on puisait les remplaçants de l'équipe fanion.Tout au long de la ligne de touche du terrain les spectateurs s'égosillaient à encourager leurs joueurs et se trouvaient parmi ces fans, de belles dames européennes aux robes blanches avec larges chapeaux à grands bords, filles et femmes de colons d'OUED-EL-ALLEUG, région agricole. Un de nos joueurs, Zazac., artiste touche à tout : musique, peinture, photo, fit ce qu'on appelait à l'époque une "touche" d'avec une de ces dames (une "touche": lier conversation avec la gente féminine et donc faire preuve de hardiesse et de charme et de beau langage).Ca se passe donc pendant le match précédant la rencontre vedette.

    Et nous entrames en jeu....

    Au cours de cette empoignade, notre ami Zazac. conduisait le ballon au sol avec des adversaires aux trousses et nous autres en appui. C'était le long de la ligne de touche où étaient assises les dames aux belles toilettes. Tout d'un coup, Zazac stoppa son ballon. Tout le monde s'arrêta de courir, de jouer, croyant à un coup de sifflet de l'arbitre.

    Zazac alla alors d'un pas mesuré, sans se presser vers une dame, sa 'touche", et lui fit une révérence digne des Rois de France et de Navarre, révérence très basse, le bras droit exécutant une parabole des plus gracieuses, pied droit largement échancré vers l'arrière. D'Artagnan le mousquetaire n'aurait pas mieux fait....surtout en short et souliers de foot.

    Image associée

     Il n'y manqua que le baise-main....

    Ses salutations terminées, Zazac reprit la possession de son ballon comme de si rien n'était et adversaires, coéquipiers, arbitres, impreignés de la galanterie de notre ami, terminames la partie en loyaux sportifs et même le match n'eut ni vaincu ni vainqueur..

    Zazac, que j'appelais Zaczac, avait aussi inventé un geste technique en foot-ball : mettre au sol. une balle aérienne à l'aide de son popotin (il préférait ce mot à celui de derrière ou toute autre qualification...

    Mémo
    rable Artiste.


    Adieu l'ami.

                                                                                            


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  • D'Isabelle Eberhardt 

       

     OUM ZAHAR
    Dans la vaste chambre basse aux murailles irrégulières en
    argile jaune, on avait couché la mère sur une natte. On l’avait
    recouverte d’un voile bleu sombre qui dessinait en des angles
    raides la forme immobile.
    Elle était morte.
    À côté, dans une petite lampe de terre de forme antique,
    une mèche brûlait, et la petite flamme falote, étrange, éclairait
    d’un jour douteux les murailles où oscillaient de grandes
    ombres funèbres.
    Accroupies sur la natte, plusieurs femmes se lamentaient
    avec un balancement rythmique de leurs corps maigres.
    C’était la veillée mortuaire.
    Dans le grand silence mystique de l’oasis, seule cette voix
    lugubre retentissait, s’entendait de très loin et troublait les âmes
    superstitieuses et sombres des Rouaras.
    Parmi les femmes, il y avait Oum-Zahar et Messaouda, les
    deux filles de la défunte.
    Oum-Zahar était l’aînée. Elle avait douze ans et son père lui
    cherchait un mari.
    Mais elle était triste. Grande et svelte sous ses voiles bleus,
    elle semblait l’incarnation de l’âme étrangement tourmentée et
    assombrie de cette race métis de l’oued Rir, mélange de Berbères
    et de nègres sahariens sur laquelle la tristesse immense et
    les effluves hallucinants et fiévreux de leur pays a jeté à jamais
    une ombre morne.
    Oum-Zahar avait un visage ovale et régulier d’une teinte
    bronzée très foncée. Ses yeux étaient trop grands et leur regard
    avait, à la fois, une fixité et une ardeur inquiétantes.
    Depuis toute petite, elle ne se mêlait jamais aux jeux de ses
    compagnes et passait des journées entières à l’ombre chaude,
    dans l’humidité fiévreuse des jardins inondés d’eau salée où le
    salpêtre dessine des arabesques singulières sur la terre rouge
    isolée des canaux.
    Messaouda plus blanche, plus douce, était dans sa onzième
    année. Rieuse et légère, seule la grande épouvante de la mort
    avait pu l’assombrir pour un temps, et elle se lamentait là,
    tremblante.
    L’âme des Rouaras n’est point semblable à l’âme arabe. La
    grande lumière de l’Islam n’a pu dissiper les ténèbres de la superstition
    et de la terreur mystique dans ce pays où tout porte
    au rêve morne.
    En présence de la mort, le Rir’i n’a pas la résignation sereine
    de l’Arabe, et, pour lui, le tombeau n’est point un lieu de
    repos que rien ne saurait plus troubler, un acheminement radieux
    vers l’avenir éternel.
    De l’antiquité païenne, ces peuplades primitives ont conservé
    la peur des ténèbres et des fantômes, l’épouvante des
    choses de la nuit et de la mort.
    Mais Oum-Zahar semblait sentir plus profondément cette
    terreur sombre et ses prunelles d’or bruni se dilataient étrangement.
    Toutes les deux cependant sentaient bien qu’elles avaient
    perdu le seul être qui les avait aimées, qui s’était penché pitoyable
    et doux sur leur enfance de petites Bédouines pauvres
    assujetties presque dès leur premier pas aux rudes travaux de la
    maison, sous l’autorité toute-puissante du père toujours sombre
    et impénétrable qu’elles voyaient rarement, car il travaillait au
    dehors dans les jardins, et devant qui, comme leur mère, elles
    avaient appris à trembler…
    Et dans la nuit chaude, dans le silence lourd, Oum-Zahar et
    Messaouda pleuraient, inconscientes presque encore, le seul
    rayon de soleil, le seul semblant de bonheur qui soit donné à
    une femme bédouine : l’amour de la mère douloureuse et idolâtre,
    plus violent, plus immense que chez toutes les autres
    femmes…
    Leur père était parti la veille pour les jardins, laissant aux
    femmes le soin de pleurer celle qui n’était plus.
    L’avait-il aimée ?
    Peut-être El Hadj Saad lui-même n’eut-il pas su le dire.
    Quinze années durant, pourtant, elle avait été pour lui une esclave
    soumise.
    Elle certainement l’avait aimé, avant son premier enfantement.
    Après, tout son amour s’était reporté sur sa fille, Oum–
    Zahar, la petite consolation, la compagne intelligente, si vite
    femme dans la tristesse ambiante.
    Puis Messaouda était venue jeter dans la vieille maison
    d’argile une lueur de joie – la joie naïve des petits oiseaux simplement
    heureux de vivre.
    Maintenant Oum-Zahar et Messaouda serviraient leur père
    seules. Puis, l’une après l’autre, il les donnerait à des hommes
    que lui-même aurait choisis et dont elles deviendraient les servantes…
    Puis, pour elles aussi, se lèverait le grand jour de la maternité.
    Et ainsi toujours, de génération en génération.
    Le jour se leva enfin limpide et des lueurs roses se glissèrent
    sur les cimes bleuâtres de dattiers, sur les murailles
    ocreuses, sur le sol salé, lépreux, de l’oasis d’Ourlana, dans
    l’oued Rir’.
    Alors laissant les femmes continuer leur plainte dans la
    chambre où la petite lampe de jadis finissait de mourir, Oum-
    Zahar et Messaouda sortirent dans la cour et, à la place traditionnelle
    où leur mère avait laissé un monceau de cendres
    grises, elles rallumèrent le feu du foyer : il fallait préparer le café,
    car le père allait rentrer.
    Messaouda plissa soigneusement les gandouras blanches,
    le turban de mousseline et le burnous neuf de son père et les posa
    sur une natte propre dans une petite chambre haute où l’on
    accédait par quelques marches de terre : le père s’habillerait
    pour l’enterrement.
    Après, elles attendirent, mornes.
    El Hadj Saad entra. Il était grand et mince comme tous les
    Rouaras. Il pouvait avoir quarante ans et son visage allongé et
    sec avait une expression fermée et sombre. Il s’assit dans la cour
    sur une natte. Oum-Zahar lui présenta le café en silence.
    Puis il monta s’habiller. Pas une parole ne fut échangée
    dans la demeure où était entrée la Mort.
    Avant les heures accablantes du milieu du jour, les
    hommes emportèrent sur un brancard le corps raidi de la
    mère… Dès qu’ils furent devant la porte, El Hadj Saad ordonna
    à ses filles de se retirer dans la chambre haute et de baisser le
    rideau…
    La mère partie, accompagnée par le chant cadencé des tolba,
    qui disaient sur elle, insensible, les paroles de promesse et
    d’éternité…
    Après, tout rentra dans l’ordre monotone… Chaque matin,
    les deux jeunes filles se levaient à l’aube, et, après avoir fait le
    déjeuner modeste du père, elles s’accroupissaient devant le
    moulin à bras primitif qu’elles mettaient en branle au moyen
    d’un bâton… Et, pendant des heures, elles tournaient la pierre
    lourde avec un chant très bas, monotone comme leur existence.
    Depuis la mort de la mère, Oum-Zahar avait encore maigri,
    et le feu étrange de son regard s’était encore assombri…
    Messaouda, après avoir beaucoup pleuré, avait semblé
    s’accoutumer au grand vide de la maison où, elle le savait, une
    marâtre viendrait bientôt sans doute…
    Dans un coin écarté de l’oasis, sur la route de Sidi-Amrane,
    il est une sorte de clairière entourée de jardins. Au milieu, une
    koubha en argile s’élève, irrégulière et étrange, un cube jaunâtre
    surmonté d’un dôme allongé et pointu en haut. Aux quatre coins
    des murs et au sommet du dôme, déformant ainsi cet édifice de
    l’Islam, des figures barbares, grimaçantes, sont placées –
    formes léguées par l’antiquité fétichiste…
    À l’entour, quelques tombeaux également en terre marqués
    par une branche tordue et noire de buisson saharien où des
    chiffons multicolores, ex-voto sauvages, s’effilochent au vent,
    déteignent au soleil.
    Là, à l’ombre protectrice de la koubha, on avait mis Elloula,
    la mère d’Oum-Zahar et de Messaouda. Elles-mêmes avaient
    pétri en argile ocreuse une sorte de monument fruste, un tertre
    allongé, terminé à chaque bout par une tuile dressée.
    Et tous les vendredis, elles venaient, se tenant par la main,
    visiter leur mère. Elles s’accroupissaient et regardaient en silence
    la terre d’Elloula. Où était-elle ? Les voyait-elle ?
    Quand elles avaient du chagrin, quand leur père les avait
    battues, elles venaient là et, tout bas, contaient leur peine.
    Un jour, quand elles vinrent, elles trouvèrent, assise près
    de la tombe, une femme inconnue, vêtue de haillons sombres,
    qui tenait sur ses genoux un enfant d’environ un an enveloppé
    dans des loques. Cette femme était d’une maigreur surprenante,
    très jeune encore, et elle eût été belle sans le regard fixe, comme
    enfiévré, de ses énormes yeux noirs et le désordre sauvage de
    ses cheveux très longs, à peine retenus sur sa tête par un chiffon
    noir.
    Messaouda, effrayée, se serra contre sa soeur, mais Oum-
    Zahar fixa son regard sérieux sur l’étrangère et lui dit :
    – Qui es-tu et que fais-tu là près de notre mère ?
    La femme ne répondit pas, mais élevant ses bras maigres
    au-dessus de sa tête, elle clama ce seul mot :
    – Orpheline ! Orpheline ! Orpheline !
    – Elle est folle ; c’est une maraboute, murmura Messaouda
    qui tremblait de tous ses membres.
    Dans le Sahara, les fous inoffensifs vivent et errent en liberté.
    Ils sont innombrables et ils jouissent de l’amour et de la
    vénération du peuple.
    Cette femme n’avait ni le type ni l’accent de l’oued Rir’.
    – D’où es-tu ? continua Oum-Zahar.
    – Loin !
    – Es-tu du Souf ?
    L’inconnue hocha la tête.
    – De Biskra ?
    Elle répéta le même geste négatif.
    – Elle ressemble à Saharia, la sage-femme, qui est des Ouled-
    Amor des Zibans, murmura Messaouda.
    Oum-Zahar s’était rapprochée. Cette créature étrange, effrayante,
    l’attirait singulièrement. Attaché dans un coin du
    voile, Oum-Zahar avait un morceau de galette. Elle le tendit à
    l’étrangère et s’assit en face d’elle, tout près.
    – Dieu est le plus grandi dit la femme, et elle commença à
    manger.
    – Comment t’appelles-tu ? demanda la jeune fille après un
    long silence.
    La femme comprit :
    – Keltoum !
    Sa parole était brève et saccadée, sa respiration haletante.
    L’enfant semblait dormir, d’une effrayante maigreur… Puis elle
    se leva, et d’un pas rapide, mais mal assuré, elle s’en alla. Depuis
    ce jour, Oum-Zahar devint encore plus silencieuse et plus
    sombre. Parfois, la nuit, en dormant, elle bondissait en poussant
    de grands cris.
    – La femme t’a ensorcelée, disait Messaouda qui, maintenant,
    avait peur d’Oum-Zahar.
    El Hadj Saad, remarquant enfin la maladie de sa fille, envoya
    Messaouda quérir la sorcière du village Saharia. La vieille
    hocha la tête, et quand Messaouda lui eut dit leur étrange rencontre,
    elle dit :
    – Elle a ensorcelé la jeune fille. À présent, elle est là-bas à
    Ayela, et elle a jeté le trouble et la frayeur dans l’oasis. On dit
    qu’elle erre la nuit dans les cimetières en poussant des hurlements
    lugubres. On dit aussi que l’enfant qu’elle porte est mort
    depuis longtemps et que c’est par ses sortilèges qu’elle empêche
    le corps de se corrompre… Elle est venue de l’ouest, du pays de
    Metlili, seule et à pied, derrière une caravane de Mozabites.
    Saharia était une petite vieille très insinuante, très douce,
    bien raisonnable… Mais elle avait beau prodiguer à Oum-Zahar
    des caresses, la jeune fille éprouvait pour elle une violente répulsion
    et refusait même de lui adresser la parole.
    De tout temps, El Hadj Saad, qui regrettait amèrement de
    ne pas avoir de fils – l’honneur et la gloire du foyer patriarcal,
    avait préféré Oum-Zahar.
    – Elle a l’intelligence et le courage d’un homme, disait-il.
    Et il était très affligé de la voir malade.
    Cependant, El Hadj Saad avait résolu de se remarier ; peutêtre
    cette fois, Dieu bénirait-il son union et lui donnerait-il un
    fils.
    Depuis que Oum-Zahar avait appris qu’une étrangère allait
    entrer dans la famille, elle s’était encore assombrie.
    En son coeur étrange, un amour infini pour la mère morte
    était né et la venue de l’étrangère lui semblait une injure. Elle
    porterait les robes de la défunte, elle prendrait sa place au métier
    à tisser les burnous, elle trairait la chèvre, elle sécherait les
    dattes et elle battrait Oum-Zahar et Messaouda, car elle serait
    leur marâtre.
    À cette idée, le coeur d’Oum-Zahar se remplissait
    d’amertume et, très étrangement, elle se mettait à songer à Keltoum.
    Elle avait trouvé cette femme près du tombeau de sa
    mère ; donc, c’était elle qui l’avait envoyée… Et la pensée de la
    folle ne quitta plus Oum-Zahar.
    Un jour, Messaouda lui demanda timidement à quoi elle
    pensait durant ces journées de silence qui assombrissait la
    vieille maison caduque.
    – Je pense à ma mère Keltoum, avait répondu Oum-Zahar.
    Et Messaouda était restée interdite ; à elle, la folle inspirait
    une terreur profonde.
    El Hadj Saad demanda et obtint la fille d’un voisin, Saadia,
    et la noce fut fixée au Mouled, l’anniversaire de la naissance du
    prophète, en août. Il restait encore quinze jours jusqu’à cette
    date, mais Oum-Zahar ressentit une émotion douloureuse et, le
    soir, avant le coucher du soleil, elle s’en alla au tombeau.
    Elle était grande et ne devait plus sortir ; mais quand son
    père avait essayé de l’empêcher d’aller visiter la tombe de sa
    mère, elle était tombée à terre avec un grand cri et, pendant une
    demi-heure, elle s’était roulée avec des contorsions terribles.
    Alors Saharia avait dit à El Hadj Saad que sa fille était atteinte
    du mal sacré et qu’il ne fallait plus l’empêcher : elle était devenue
    maraboute.
    Depuis le petit cimetière mélancolique, la vue s’étendait
    très loin dans la plaine désolée où les sebkha salées jetaient des
    taches blanches, livides sur le sol humide.
    Sous les palmiers, la séguia salée, les canaux qui fertilisent
    l’oasis et qui engendrent la fièvre et les visions, murmurait doucement,
    dans l’ombre et le mystère de la futaie sombre, enclose
    de murs en argile…
    Oum-Zahar s’était assise près du tertre et la joue appuyée
    sur sa main était demeurée immobile… Mais un balbutiement à
    peine distinct remuait ses lèvres.
    – Mère, mère ! Petite mère amie ! Où es-tu allée ? Pourquoi
    as-tu laissé orpheline ta petite fille Zaheïra ?
    Et par moments, entre ses sanglots et ses phrases sans
    suite, l’on eût pu entendre le nom de Keltoum.
    Très étrangement, dans l’imagination de l’enfant, l’image
    de Keltoum s’était mêlée à celle de la morte, et en l’appelant
    Keltoum, Oum-Zahar croyait voir apparaître celle qui l’avait
    bercée et aimée !
    Soudain, sortant de derrière la muraille en terre, Keltoum
    parut, portant son nourrisson lamentable : elle s’avança vers
    Oum-Zahar et la prit par la main. Comme en rêve, la jeune fille
    se leva et suivit la folle qui l’entraîna hors de l’oasis sur la route
    des grands chotts salés.

    Sous un ciel presque noir d’hiver où traînent des nuées déchiquetées
    d’un gris trouble, s’étendent les dunes livides de
    l’oued Souf où coulent les sables morts ne participant plus que
    de la vie capricieuse des vents. Au milieu d’un chaos de montagnes
    aux formes arrondies comme les dos immenses de
    monstres accroupis, dans une petite vallée stérile et grise, une
    koubba étrange s’élève, caduque et penchée.
    Étroite et haute, avec son dôme pointu, elle est presque
    noire déjà ; elle a pris la teinte sans âge des constructions du
    Souf. C’est le tombeau d’un saint oublié là, dans ce pays funèbre.
    C’est la koubba de Rezerze-moul-Guéblaouïa.
    La nuit glaciale achève de tomber sur ce site figé et un
    grand silence règne là.
    Cependant, contre la muraille, il y a Keltoum et Oum-
    Zahar, la première était accroupie près d’elle, Oum-Zahar était
    couchée de tout son long. Keltoum ne portait plus l’enfant mystérieux
    dont elle n’avait révélé le secret à sa compagne.
    Maintenant, Keltoum, qui semble ne pas sentir le froid glacial
    et le vent qui pleure dans la dune, poursuit là son rêve noir.
    Depuis des mois, elles errent ainsi toutes deux à travers le
    désert, vivant de la charité des croyants, mais silencieuses. Dans
    l’âme d’Oum-Zahar, très vite, les ténèbres s’étaient faites et
    dans les solitudes où elles erraient, des scènes effrayantes
    avaient eu lieu : elles avaient eu, ensemble, des accès terribles
    du mal dont Keltoum avait le pouvoir redoutable de semer les
    germes sur son chemin… Une nuit, dans le grand désert salé du
    Chott Melriri, l’enfant avait fini de mourir et Keltoum a creusé
    une fosse avec ses ongles dans le sol salpêtré et mou.
    Toutes ces dernières journées, une toux affreuse n’avait
    cessé d’agiter la poitrine desséchée d’Oum-Zahar et, à l’endroit
    où elle crachait, le sable se teignait en rouge…
    Maintenant, elle ne toussait plus et sa respiration haletante
    et rauque ne s’entendait pas ; elle reposait, paisible. Keltoum,
    qui semblait ne pas sentir la morsure cruelle du vent, poursuivait
    son rêve noir.
    Soudain, par une de ces pensées incomplètes sans suite,
    qui dirigeaient son existence à peine humaine, Keltoum se leva
    et appela :
    – Oum-Zahar ! Oum-Zahar !
    La jeune fille garda le silence. Alors la folle se pencha sur
    elle et la toucha : Oum-Zahar était morte.
    Keltoum s’agenouilla, et comme elle l’avait fait pour son
    petit, sans larmes et sans paroles, elle creusa avec acharnement,
    comme une bête, dans le sable… Quand la fosse fut assez profonde,
    elle se leva, prit Oum-Zahar et l’étendit au fond. D’un
    geste brusque, elle ramena un pan du voile bleu sur le mince visage
    douloureux, sur l’or bruni des grands yeux étrangement
    adoucis, largement ouverts dans la nuit ; puis elle rejeta le sable,
    très vite, sur le corps, et, de ses pieds nus, elle le tassa.
    Puis, sans même se retourner, elle s’en alla, à travers le
    vent et la nuit, vers l’inconnu…


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     Cette idée fut lancée il y a quelques années mais elle demeura sans suite

    Le jumelage    Miliana - Nice

                  et             Miliana -  Laghouat 

     

     

    Je me rappelle d'une proposition de jumelage entre Nice et Miliana que voulut réaliser un ami niçois, (je fus son hôte l'espace d'une nuit) ancien élève du Lycée Mustapha Ferroukhi.
    Venu me rendre visite et nostalgique de son ancien Miliana et alors qu'il était aux affaires à Nice, il se faisait fort de faire adhérer Nice à cette idée.
    Si du côté français, cela semblait avancer, il n'en fut rien du côté milianais.
    Et l'affaire fut abandonnée.

     

     

     

                                                                                                                                          Benyoucef Abbas-Kébir: Pourquoi pas un jumelage Miliana Laghouat? Pensez-y

     

     

       

    Sadek Brahim-Djelloul (à droite):Très bonne idée mon cher BENYOUCEF.     

       

      

     

     

     

     

    Mohamed Mohamed Azizi : Bonne idée, mais il ne faut pas que ça 
    reste au niveau de l'idée..passons à l'action..

        

      Sadek Brahim-Djelloul : Tout à fait mon cher MOHAMED.          Bonne fin d'après-midi.  

        Radhia BoumazaÇa c'est une très bonne et belle initiative . Bravo   

    Mohamed Hebboul :bonjour ma fille, je t'espère en bonne santé et bises aux enfants

     Miliana

      Résultat de recherche d'images pour "miliana-hebboul" 

    2 milianais + 2 laghouatis

    Le Jumelage Miliana - Laghouat en discussion entre amis, 2 milianais, et 2 laghouatis .                     De quoi discutent-ils ?

    Le Jumelage Miliana - Laghouat en discussion entre amis, 2 milianais, et 2 laghouatis .                     De quoi discutent-ils ?

     

     Des laghouatis hôtes de leurs amis milianais et dans quelques jours les milianais                       seront chez leurs amis laghouatis

     

    Et  

    dsc06929.jpg

    Deux de mes amis poètes Lazhari Labtar (à gauche) et Benyoucef Abbès-Kebir                                ou l'amitié de Laghouat et Miliana, villes chères à mon coeur

     Laghouat

    fruit of light2

     

     

     

    Résultat de recherche d'images pour "Miliana - photos"

      

     
     
         
     Le coeur perçoit ce que l'oeil ne voit pas
     

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