• l'oreille doseuse

     

     

     

    "Il était une fois ..."

     L'oreille doseuse

     Alors que j'étais en études au collège de MILIANA, il m'est arrivé durant mes vacances à LAGHOUAT,de rendre visite à mes grands parents qui résidaient à KSAR-EL-HIRANE, une trentaine de kilomètres plus au sud et y  retrouver mes arrière-grands-parents Nakhla et Moussa et mes grands parents Chouikha et Laredj qui passait sa journée sur la doukana de la seule mosquée du village.
    A KSAR-EL-HIRANE, mes oncles maternels travaillaient la terre dont ils tiraient leur subsistance, légumes, céréales, pastèques et melons. Pour l'irrigation, ils tiraient  l'eau du puits - El Hassi -  à l'aide d'une outre - Deloue - qui déversait son contenu dans un bassin surélevé qui donnait sur diverses rigoles allant amener l'eau aux plants et plantes

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    Mes oncles, Laïd, Ferhat et Haoua, sous l'autorité de leur ainé - Laïd - rejoignaient donc tous les matins, sauf le vendredi, la propriété agricole pour n'en revenir que le soir, l'âne chargé d'herbes pour les chèvres domestiques et de la récolte journalière en légumes pour la consommation de la maisonnée qui comprenait: mes grands parents, mes quatre oncles dont l'oisif Benayach, leurs épouses, mes deux tantes Rebaiha et Khedidja et aussi quelques cousins.

    Un tour de rôle faisait que les épouses et mes tantes se levaient à l'aube pour préparer le café, pétrir et cuire le pain - matloue ou galette de blé sous la direction de grand'mère Chouikha.
    Et j'accompagnais mes oncles vers leurs tâches munis de l' invariable repas de midi: une matloua pour chacun et un  récipient rempli de petit lait - Chnine - pour nous tous, plus trois dattes pour chacun.

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     Quand arrivait midi, nous nous mettions sous l'ombrage de la Boutma, arbre centenaire sur les branches duquel pendaient de nombreux bouts de tissus attachés là en signe de voeux par des visiteuses car cet arbre était vénéré comme un "saint".

     Image associée

    Nous nous mettions en rond autour du pôt de petit lait, notre matlouâ en main. Le pôt tournait et chacun en prenait une gorgée, aspirée fort bruyamment, avant de le passer au suivant.Cette gorgée de petit lait rejoignait un bout de galette préalablement embouché.
    Moi, "venant du collège où l'on apprend les bonnes manières",
    ma gorgée était toute silencieuse...
    Mal m'en prit et pas pour longtemps !
    "Hé, toi, fais-nous entendre ce que tu avales!"
    me lança mon oncle Ferhat, responsable de l'équité restauratrice.
    Je compris alors le pourquoi de cet ordre impératif !
    C'était la manière, le bruit d'aspiration aidant, de doser
    la gorgée de petit lait afin que personne ne boive plus que l'autre....

    Ainsi, je venais de découvrir l'Oreille Doseuse.. 

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    Le coeur perçoit ce que l'oeil ne voit pas


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