"Tout musulman en Afrique du Nord, croyant en l'unicité de celle-ci, croyant en Dieu et en son Prophète est mon frère et partage mon âme. Je ne fais aucune distinction entre un Tunisien, un Algérien, un Marocain; ni entre un Malékite, un Hanéfite, un Chaféite, un Ibadite et un Hanbalite: ni entre un Arabe et un Kabyle, un citadin et un villageois, un sédentaire et un nomade. Tous sont mes frères, je les respecte et les défends tant qu'ils œuvrent pour la cause de Dieu et de la patrie. Si je contreviens à ce principe, je me considérerais comme le plus grand traître à sa religion et à sa patrie."
Moufdi Zakaria
Histoire du Kassaman, l'hymne national algérien
Moufdi Zakaria, militant algérien pendant la guerre d'Algérie, est approché par Rebah Lakhdar en 1955 à la demande d'Abane Ramdane et Benyoucef Benkhedda, qui lui demandent d'écrire un hymne national. Le militant algerien Zakaria, alors emprisonné dans la prison Barberousse, propose très vite un poème, Fach’hadou (« Témoignez-en ! »), renommé plus tard « Kassaman » (« Nous jurons ! »), qui est immédiatement adopté.
La première composition musicale de l'hymne national algérien est écrite par l'algérien Mohamed Touri, à Alger. Cette composition n'étant pas jugée satisfaisante, on demande alors au tunisien Mohamed Triki de composer la musique, avec l'aide d'une chorale algérienne à Tunis. Son résultat n'ayant lui aussi pas été retenu, on demande finalement à Mohamed Fawzi, compositeur égyptien, d'écrire la partition musicale de l'hymne. Cette dernière composition reste, aujourd'hui, la musique de l'hymne algérien.
Poème sur Miliana

Poème sur l'Algérie
Algérie, Ô toi Idylle de mon âme
Toi qui as apporté le salut à mon cœur
Toi qui as inondé mon être d’harmonie
Et remplis ma route de lumière.
Sans le secours de ta beauté je n’eusse point connu la foi
Ni le chemin qui mène à Dieu
Sans la foi dont mon cœur déborde
Je n’eusse cru en rien d’autre qu’en mon peuple !
Mon être s’illumine lorsque je t’évoque
Et dès que j’entends ta voix je réponds à ton appel
Proche ou éloigné,
Ton amour vit en moi plus fort que je puis le concevoir !
En chaque endroit, les liens sacrés du sang
Ne me rattachent-ils pas à ton être ?
En chaque point, un bonheur capricieux
Ne nous rappela-t-il pas folles amours ?
Chaque coin pour nous n’est-il pas un souvenir
qui plane sur nos instants de bonheur ou sur les jours de guerre ?
C’est là que m’arrogeant le titre de prophète j’ai écrit mon Iliade,
Et que Mutanabbi lui-même a cru en moi et cru en mon poème !
Nous avons occupé la scène de l’Histoire,
En déclamant des vers ainsi qu’une prière
Dont les invocations jaillissent de ton âme, Algérie !
Moufdi Zakaria
Surnommé « le Poète de la Révolution algérienne », son véritable nom fut après Cheikh Zakaria Ben Slimane Ben Yahia Ben Cheikh Slimane Ben Hadj Aissa. Le surnom Moufdi, devenu son pseudonyme littéraire, lui a été décerné par Slimane Boudjenah. Il est né le samedi 12 juin 1908, à Beni Izguen (Ghardaïa) dans la région du Mzab. Il quitte très tôt son village natal pour rejoindre son père, alors commerçant à Annaba où il reçoit son enseignement, et où il s'initie à la grammaire et au fiqh.
D'Annaba il rejoint Tunis, chez son oncle. Là, il poursuit ses études, successivement à l’école Es-Salem, l’école El Khaldounia et l’université de la Zeïtouna. En fréquentant le milieu estudiantin algérien à Tunis, il se lie d'amitié avec le poète tunisien Abou el Kacem Chebbi et le poète algérien Ramadane Hammoud, avec lequel il fonde l'association littéraire El-Wifaq (l'Entente) qui publiait une revue entre 1925 et 1930.
De retour en Algérie, il crée une association similaire, publie la revue El‑Hayet dont seuls trois numéros sortiront en 1933. Membre actif de l'Association des Étudiants musulmans de l'Afrique du Nord à partir de 1925, il critique la tendance assimilationniste du mouvement Jeune Algérien, et proteste contre les fêtes du Centenaire en 1930. Bien qu'éprouvant des sympathies pour le mouvement réformiste des Oulémas, c'est à l'Étoile Nord‑Africaine qu'il adhère lorsque le mouvement s'implante en Algérie vers 1933. Il milite ensuite au Parti du Peuple Algérien (PPA) après la dissolution de l'Étoile, compose Fidaou el Djazair, l'hymne du (PPA), et participe aux meetings. Arrêté le 22 août 1937 en même temps que Messali Hadj et Hocine Lahoual, il est libéré en 1939. Il poursuit son action, lance avec des militants le journal Achaâb, collabore avec des journaux tunisiens en signant El‑Fata El Watani ou Abou Firas.
De nouveau arrêté en février 1940, il est condamné à 6 mois de prison. En 1943‑1944, il est à la tête avec d'autres, d'un restaurant à Alger ; il collabore alors à des journaux clandestins : Al‑Watan et L'Action Algérienne. Après le 8 mai 1945, arrêté, il reste trois ans en prison. Libéré, il adhère au MTLD. Candidat aux élections à l'Assemblée algérienne, il est victime des fraudes électorales.
En 1955, il rejoint le FLN. Arrêté en avril 1956, il est incarcéré à la prison Barberousse à Alger où il écrit l'hymne national Qassaman qui sera mis en musique, la 1re fois par Mohamed Triki en 1956), ensuite par le compositeur égyptien Mohamed Fawzi et enregistré dans les studios de la Radio Télévision Tunisienne en juillet 1957. Libéré trois ans plus tard, il s'enfuit au Maroc, puis en Tunisie où il collabore au El Moudjahid jusqu'en 1962. Après l'indépendance, il se consacre à la création littéraire. Exerçant la profession de représentant de commerce en parfumerie (représentant notamment d'une firme belge), il n'aurait pas eu de domicile fixe.
Poète du mouvement national et chantre de la Révolution algérienne, son souffle est puissant. Sa poésie est solide et a pour but d'aiguiser la conscience nationale. Le poète meurt en 1977 à Tunis d'une crise cardiaque. Il est enterré à Beni Izguen.
Le coeur perçoit ce que l'oeil ne voit pas