• Rentrée scolaire

     

     

     

     

    C'est la rentrée scolaire, hommage à nos Enseignantes et Enseignants


    L’assassinat de Feraoun et de ses compagnons
    Hommage aux six inspecteurs assassinés par l’OAS et
    et aux Onze institutrices égorgées à Sfisef : L’ordre est donné aux enseignantes de descendre. Les jeunes femmes s’affolent et tentent même de s’enfuir, mais elles sont vite rattrapées et maitrisées. Elles seront toutes égorgées, l’une après l’autre, de même que l’enseignant qui était dans le véhicule. Ils seront retrouvés un peu plus tard gisants dans des marres de sang.  

    Le fils du pauvre  

    Je me souviens, comme si cela datait d’hier, de mon entrée à l’école. Un jour, mon père arriva de la djemaâ avec un petit air mystérieux et ému. J’étais dans notre cour, près d’un kanoun où se trouvait une casserole de lait. Ma mère venait de rentrer à la maison. Elle allait prendre une pincée de sel et une motte de couscous, pour préparer mon déjeuner du matin. Je dois préciser, d’ailleurs, que pareil déjeuner ne m’était accordé qu’exceptionnellement. Il fallait, pour cela, la conjonction de plusieurs circonstances : D’abord avoir du couscous, du lait, ensuite choisir le moment, attendre notamment l’absence de ma petite sœur car elle aurait revendiqué sa part de l’aubaine ; ce qui aurait obligé ma mère à augmenter la dose commune ou à exciter notre gourmandise sans la satisfaire complètement. Donc, ce matin-là, toutes les conditions étant réunies, j’étais là, seul, face à la casserole, les yeux encore pleins de sommeil mais le ventre parfaitement éveillé.
        Hélas ! il était écrit, sans doute, que j’apprendrais de bonne heure que certaines choses coupent l’appétit. En effet, lorsque mon père parla, l’envie de manger s’envola en même temps que mon sommeil. Mon père n’avait pas son pareil pour effrayer les gens.
        - Vite ! vite, dit-il à ma mère, lave-le entièrement, les mains, la figure, le cou, les pieds.
        -   Il  y a aussi sa gandoura qui est sale, dit ma mère. Il faudrait peut être attendre demain.   Je la laverai ainsi que son burnous.
          Vous pensez si j’ouvris les oreilles à cette proposition !
       - Demain, toutes les places seront prises. Et puis, il ne faut pas commencer l’école par des absences. Dépêchons-nous !
         Je fus débarbouillé en hâte cinq minutes après. Encore abasourdi, je débarquai dans la vaste cour de l’école, toute grouillante d’élèves… à cent lieues de mon petit déjeuner. Seule dans la famille, ma petite sœur Titi fêta l’événement avec la casserole de couscous au lait. Elle marqua cette journée d’une pierre blanche.
          Ma première journée de classe, ma première semaine et même ma première année ont laissé dans ma mémoire très peu de traces. J’ai  beau fouiller parmi mes souvenirs, je ne retrouve rien de clair. Nous avions deux maîtres: l’un gros, court, joufflu avec de petits yeux rieurs qui n’inspiraient aucune crainte ; l’autre mince, pâle, un peu taciturne avec son nez long et ses grosses lèvres, mais aussi  sympathique que le premier.
    Mouloud Feraoun, Le Fils du pauvre, Editions du Seuil

    Le 15 Mars 1962, un commando delta de l’O.A.S. a méthodiquement assassiné 

    Marcel BASSET
     Robert EYMARD
     Mouloud FERAOUN
     Ali HAMMOUTENE
     Max MARCHAND
     Salah OULD AOUDIA

    Ils étaient six, Algériens et Français mêlés. Tous inspecteurs de l'éducation nationale, réunis le 15 mars 1962, trois jours avant la signature des accords d'Evian, à Château-Royal dans le quartier d'El Biar, près d'Alger. Parmi eux, Max Marchand, leur responsable, un Normand passionné d'Algérie, et Mouloud Feraoun, l'écrivain kabyle. Ils dirigent des centres sociaux lancés en 1955 par Germaine Tillion, où l'on crut jusqu'au bout à l'alphabétisation et à la formation professionnelle des jeunes et des adultes pour apprendre, enfin, à vivre ensemble un peu moins mal. Un commando Delta de tueurs de l'OAS, commandé semble-t-il par l'ex-lieutenant Degueldre, les déchiqueta à l'arme automatique, ce jour-là, comme des chiens, dos au mur, pour qu'un dernier espoir s'éteigne. [Jean-Pierre Rioux]

        Le coeur perçoit ce que l'oeil ne voit pas                           


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